B ) Les principales aspirations des étudiants

La société des années 60 est une société en phase de
changements :

-En 1966, la jeunesse s’ouvre à la culture pop et les groupes anglais débarquent dans les boîtes de nuit parisiennes.

-Auparavant, la fille copiait sa mère mais la révolution de la mode arrivant par la jeunesse et la mère en vient à copier sa fille. La minijupe telle que nous la connaissons aujourd’hui nous vient des années 60.

Au sortir de la guerre, la génération du baby-boom déferle pour redonner un grand « coup de jeune » à la France. Nés dans une société qui ne connaît plus la guerre, ils et elles forment les premiers tenant de la société d’abondance et de loisirs.

La fin de la guerre d’Algérie (1962) a ouvert une période de paix et de stabilité et les Trente Glorieuses battent leur plein, marquant une ère d’expansion économique et sociale sans précédent qui sonne le glas d’une France restée longtemps petite-bourgeoise et boutiquière. Avec la hausse du niveau de vie, la société de consommation s’installe, devenant d’ailleurs  mmédiatement la cible privilégiée de la pensée soixante-huitarde.

C’est aussi le moment où les premières générations du baby-boom ont vingt ans et accèdent de plus en plus nombreuses à l’université (150.000 étudiants en 1958, 500.000 en 1968). Les prémices du mouvement de mai vont d’ailleurs naître dans la toute jeune université de Nanterre, à peine sortie des gravats de sa construction.

L’histoire est célèbre: lorsque les garçons réclament de pouvoir se rendre dans les dortoirs des filles, ils sont évacués par la police et l’un de leurs représentants, Daniel Cohn-Bendit interpelle le ministre François Missoffe sur le désir des jeunes de vivre leur sexualité. Les évènements de mai 68 superposent un mouvement étudiant et ouvrier, tout deux d’une ampleur exceptionnelle. Au-delà des revendications matérielles ou salariales et de la remise en cause du régime gaullien installé depuis 1958, ils virent se déployer une contestation de tous les types d’autorités. Une partie active du mouvement lycéen et étudiant revendiqua notamment “ la libération des mœurs “ et au-delà contesta la “la vieille université“, la société de consommation, le capitalisme et la plupart des institutions et valeurs traditionnelles.

Les revendications de ces étudiants commencent par le rejet de la société bourgeoise car les étudiants qui se révoltent font pour la plupart partie de la bourgeoisie et rejettent leur propre milieu car ils le jugent oppressif et mesquin. Ils cherchent volontairement à choquer en utilisant un langage vulgaire comme le montrent ces slogans : « Élections, pièges à cons », « Ne vous emmerdez plus, emmerdez les autres » ou « Baisez-vous les uns les autres sinon ils vous baiseront. » Ainsi, ils cherchent à se détacher d’une société trop conformiste qui n’accepterait pas les écarts. Les règles de politesse hypocrite qui semblaient régner à l’époque sont alors totalement bafouées.

Dans un second temps, les jeunes revendiquent et rejettent laguerre, comme celle du Viêt-nam qui éclate en 1965 amplifie les revendications étudiantes. En effet, jugeant le communisme dangereux, les États-Unis s’attaquent à un pays peuplé de paysans pauvres et devant ces atrocités, beaucoup sont indignés. De Gaulle prend alors position contre l’intervention militaire américaine, pourtant la guerre et les bombardements évoluent.

Les étudiants luttent contre l’autorité et le pouvoir de Charles de Gaulle qui est à l’époque considéré comme une dictature, comme le montre les affiches et les slogans « Renversons sa dictature » ou « Moi ». De plus, les jeunes disent ne pas avoir le droit à la parole, ainsi, on trouve l’affiche représentant de Gaulle fermant la bouche à un jeune garçon, le slogan d’accompagnement étant « Sois jeune et tais toi ». Le slogan « Moins de 21 ans voici votre bulletin de vote » montre aussi que les jeunes ne se sentent pas impliqués dans la vie politique. Ils rêvent d’une société où tous leurs désirs seraient pris en compte, une société sans dirigeants, sans hiérarchie, sans discipline. C’est un mouvement utopique par certains côtés ; ils veulent échapper à la politique gaulliste qu’ils trouvent stricte, vieille et sérieuse.

A travers les slogans « Ni dieux, ni maîtres » ; « L’imagination prend le pouvoir » ou « Dessous les pavés, c’est la plage ! », l’envie d’évasion des étudiants de mai 68 se fait ressentir ainsi que leur dégoût des politicards.

Daniel Cohn Bendit, militant anarchiste révolutionnaire, devient le porte parole des jeunes qui, contre le capitalisme, souhaitent que leur mouvement aboutisse. Par leurs actions directes (grèves) et leurs provocations volontaires, ils font tout pour changer la olitique traditionnelle. Ainsi, les agitateurs mettent l’institution dans l’impossibilité de fonctionner et l’autorité hors d’état de s’exercer. Ils réclament à travers les slogans tels que « Pouvoir populaire oui » leur propre pouvoir, celui du peuple.

Les étudiants désirent voir changer leur système d’éducation qu’ils jugent archaïque par ses méthodes et son enseignement. De plus, les quelques universités qui existent en France ne suffisent plus car les effectifs scolaires et universitaires ont augmenté à cause de la reprise de la natalité à la fin de la Seconde Guerre Mondiale ; s’ajoute à cela l’allongement de la scolarisation.

A cette époque, les filles des universités possèdent leur propre bâtiment dans lequel il leur est formellement interdit de recevoir des visites masculines. Les jeunes revendiquent alors une liberté sexuelle plus large, comme l’exprime l’affiche dont le slogan est « Pour un "véritable" équilibre sexuel…pour la MNEF votez UNEF ». En matière de sexualité, le « Jouir sans entraves » des étudiants de mai fait voler en éclats les tabous ancestraux sur le corps féminin. Les féministes soixante-huitardes mettent à mal les clichés de l’éternel féminin: la femme objet, la femme facile, la maman ou la « putain »… Elles revendiquent leur propre jouissance sexuelle en même temps que la procréation se veut choisie: « Un enfant si je veux, quand je veux! »

Les étudiants instaurent un chaos volontaire et demandent tout et n’importe quoi en n’établissant aucune limite à leurs revendications. Le slogan « Soyez réalistes demandez l'impossible » représente bien leur état d’esprit de l’époque. Ils veulent choquer par le désordre et demandent plus de libertés. Cela se traduit par le slogan « Il est interdit d’interdire » qui marque une contradiction car le même verbe est utilisé en opposition. Leurs propos sont en effet ironiques car ils utilisent ce qu’ils refusent pour dire ce qu’ils revendiquent.

Toutes ces revendications ont permis à ces jeunes étudiants de se battre pour un idéal de vie dont la Révolte, proprement dite, était la seule manifestations possible.