A ) Un mouvement contestataire historique


La semaine "des barricades" du 6 au 13 mai 1968 vue par les Actualités Françaises : chaque séquence est titrée sur les premières images. Images d'affrontements entre manifestants et CRS au Quartier latin, reprises du journal précédent, servant de préambule au sujet. Les différents intervenants : Daniel COHN-BENDIT, Jacques SAUVAGEOT, Alain GEISMAR, le professeur KASTLER, Alain PEYREFITTE, le recteur Jean ROCHE, Maurice GRIMAUD...




Il faut savoir que tout a commencé par le mouvement du 22 Mars 1968 à la faculté de Nanterre. Les deux principaux leaders de ce mouvement sont Daniel Cohn-Bendit et Alain Geismar. Les étudiants de ce qui allait devenir le mouvement du 22 Mars passent une année à diffuser leurs idées sur la liberté sexuelle et sur les névroses qu'induit le manque de liberté dans ce domaine et
dans d'autres. Lorsque le bruit court que Daniel Cohn-Bendit va être transféré dans une autre université, une grande grève est déclenchée par tous les étudiants anarchistes et/ou de gauche, comme ceux de la JCR (Jeunesse Communiste Révolutionnaire).

Sitôt Nanterre fermée par son doyen Pierre Grappin le vendredi 3 mai 1968, le mouvement se dirige vers la Sorbonne. C'est le début des événements de Mai 68.

 

Vendredi 3 mai :

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Le 3 mai, l'intervention des CRS pour faire évacuer la Sorbonne, occupée par les étudiants, va déclencher les premières émeutes. A la Sorbonne : Meeting (400 étudiants dont beaucoup de Nanterrois) dans la cour de la Sorbonne, organisé par l’UNEF (Union nationale des étudiants de France), la FEN (Fédération des Etudiants Nationalistes), la JCR (Jeunesse Communiste Révolutionnaire), le Mouvement d’action universitaire : « Protester contre la fermeture de Nanterre et la comparution de 8 étudiants devant une commission de discipline le lundi suivant » ; « Que la Sorbonne devienne un nouveau Nanterre ! » lance Daniel Cohn-Bendit. Le recteur Roche prend la décision de suspendre provisoirement les cours à la Sorbonne et à Annexe Censier ; il appelle la police pour faire évacuer les lieux.

Incidents au Quartier latin entre les groupes d’étudiants et la police qui veut les disperser ; l’accalmie viendra vers 22h30. Bilan des bagarres : 596 personnes appréhendées dont 27 gardées à vue et plus de 100 blessés.

Alain Geismar, secrétaire  général du SNESup (Syndicat national de l'enseignement supérieur), lance un mot d’ordre de grève générale des membres de l’enseignement supérieur dans toutes les universités.

Le mouvement Occident rejette toute la responsabilité dans l’incendie du 2 mai.

A Nanterre : Des forces de police prennent position devant la faculté. Réunion de 45 enseignants. Objectif : « Rédiger un livre blanc sur la mission des facultés des lettres et organiser un colloque international sur le thème : « De l’Université critique à l’Université créatrice ». Dans L’Humanité, Georges Marchais dénonce les « groupements gauchistes unifiés » dans le Mouvement du 22 mars de Nanterre.

Création des Comités d’action du 3 mai par le MAU.



Samedi 4 et Dimanche 5 mai :

La police occupe massivement le Quartier latin. Le SNESup condamne l’agression et l’irruption de la police à la Sorbonne, réclame la libération des étudiants ainsi que la réouverture des Facultés de Nanterre et de la Sorbonne. Les juges condamnent sept des étudiants arrêtés à des peines de prison avec sursis.

 

Lundi 6 mai :
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Boulevard Saint-Germain, 6 mai 1968. La contestation enflamme le Quartier latin : les étudiants s'arment de pavés, de planches et de barres de fer pour affronter les CRS.

Daniel Cohn-Bendit et sept autres étudiants comparaissent devant la Commission disciplinaire de la Sorbonne. De nombreux candidats à l’agrégation d’histoire, seuls admis à la Sorbonne, refusent de composer.

Interpellation à leur domicile par la police de militants du Mouvement Occident : enquête sur l’incident du 2 mai. Diverses manifestations d’étudiants dans la journée : heurts violents ; l’UNEF, le SNESup appellent à une manifestation à Denfert-Rochereau à 18h30 ; les affrontements se poursuivent ensuite place Saint Germain des Prés jusqu’à 1h du matin.

Bilan : 422 arrestations, près de 600 blessés.

Dans divers lycées de la région parisienne, grèves et meetings.

En province : grève de solidarité dans la majorité des Facultés.

Début d’une grève de 3 jours de plusieurs milliers de techniciens des P. et T. à l’appel de la Fédération postale P. et T.

A l’appel de la CGT (Confédération Général du Travail), 100 000 mineurs cessent le travail pour 24h, suite à la mort de six d’entre eux à Roche-la-Molière ; les grévistes réclament des normes de sécurité plus importantes. A 20h30, déclaration du ministre de l’Education nationale, Alain Peyrefitte ; il justifie la fermeture de la Sorbonne : « Marquer un coup d’arrêt, imposer un temps de réflexion à ceux qui faisaient l’escalade de la violence ».

 

Mardi 7 mai :
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Quartier latin, 7 mai 1968. L'extrême violence des interventions des CRS, notamment les passages à tabac de manifestants, a beaucoup choqué l'opinion publique et a contribué à populariser le mouvement étudiant.

A la suite des évènements du 6 mai, nombreuses réactions des milieux universitaires, organisations étudiantes, centrales syndicales, milieux politiques, condamnant les méthodes de répression brutale utilisées par la force de l’ordre. L’UNEF appelle à une manifestation sur les mots d’ordre : « retrait des forces de police du Quartier latin, libération des étudiants, réouverture des Facultés ». A la suite de cet appel, un cortège de 30 000 manifestants entreprend une longue marche à travers Paris ; on chante l’internationale autour de l’Etoile ; le premier numéro du journal Action, organe du Comité directeur de la manifestation, est distribué. Il lance un appel à la « grève générale et à l’insurrection permanente ».

Des heurts violents ont lieu à partir de 23h près de Montparnasse.

Bilan : 434 personnes interpellées dont 17 maintenues en état d’arrestation.

Les CAL (Comité d’action Lycéen)  commencent à organiser des manifestations.

En province : manifestations et grèves continuent dans la plupart des villes universitaires.

 

Mercredi 8 mai :
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Syndicats CGT et CFDT et partis de gauche amorcent leur ralliement au mouvement étudiant ; le PCF (Parti Communiste Français) reprend les 3 points de l’UNEF tout en condamnant les gauchistes.

Jean Paul Sartre et un groupe d’écrivains et philosophes se déclarent solidaires de la contestation étudiante et souhaitent que se mouvement se poursuive.

Un Comité de journalistes contre la répression se constitue pour établir « la vérité sur le comportement du service d’ordre », il comprend des journalistes de l’Express, l’Humanité, le Monde, le Nouvel Observateur et témoignage chrétien.

Appel de l’UNEF et du SNESup à un meeting à la Halle aux vins (Faculté des sciences) à 18h30 ; un millier d’enseignants et d’étudiants ; une délégation est envoyée auprès d’Alain Peyrefitte pour réclamer : «  la réouverture des Facultés, l’amnistie des étudiants condamnés ».

La CGT et la CFDT se réunissent pour régler l’organisation de la journée nationale d’action du 15 mai contre les Ordonnances sur la Sécurité Sociale.

En province : meetings, défilés sont organisés et la grève des cours est largement suivie.

Une journée revendicative en Bretagne et dans les pays de la Loire, organisée par la CGT, la CFDT, les enseignants et les syndicats paysans ; un grand nombre d’étudiants participent aux manifestations aux côtés des ouvriers et paysans.

Assemblée nationale : à l’ordre du jour «  les problèmes de l’Université et les évènements au Quartier latin » ; Alain Peyrefitte annonce la possibilité de reprise des cours à Nanterre et à la Sorbonne dès le 9 mai.



Jeudi 9 mai :

Alain Peyrefitte décide de rouvrir progressivement les Facultés ; l’UNEF appuyée par le SNESup oppose trois préalables : «  libération et amnistie des manifestants condamnés, ouverture totale des Facultés, retrait des forces de police ».

Les dirigeants de l’UNEF prennent l’initiative d’une rencontre avec les délégations des bureaux CGT et CFDT pour « une action syndicale commune » ; les contacts s’avèrent fructueux.

Dialogue DanielCohn-Bendit – Louis Aragon, boulevard Saint-Michel, lors d’un meeting spontané.

20h : meeting prévu depuis longtemps par la JCR à la Mutualité ; il est ouvert à tous et il est décidé d’aller occuper la Faculté de Nanterre pour en faire le « le Quartier Général de la Révolution » ; la plupart des intervenants concluent «  à la nécessité de mettre fin aux actions dispersées et d’assurer la cohésion du mouvement ».

Herbert Marcuse, professeur de philosophie à l’Université de Californie de passage à Paris, déclare : « Votre protestation est bien sympathique mais ce n’est pas une révolution ».

Les lycéens manifestent de plus en plus : certaines classes terminales se mettent en grève.

En province : manifestations et grèves se poursuivent ; la Faculté des sciences de Rennes est occupée et à Dijon se déroule une manifestation organisée conjointement par l’UNEF, la CGT et la CFDT.

 

Vendredi 10 mai :
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Gay-Lussac, 10 mai 1968. Les étudiants, en chaîne, se passent les pavés pour construire les barricades dans un brouillard de fumée, durant la fameuse nuit du 10 au 11 mai.

Réouverture de la Faculté de Nanterre : l’UNEF, le mouvement du 22 mars, le SNESup continuent la grève sur le tas en solidarité avec les étudiants de la Sorbonne.

Des lycéens à l’appel des CAL poursuivent leur action ; des piquets de grève sont installés devant de nombreux établissements (52 à Paris) ; des professeurs se mettent en grève à l’appel de leur syndicat. Les dirigeants de la CGT, de la CFDT, de la FEN, de SNESup, de l’UGE et de l’UNEF dénoncent dans un communiqué commun la répression policière et décident d’organiser des manifestations communes le mardi 14 mai dans toute la France : « pour l’amnistie des manifestants condamnés et les libertés syndicales et politiques ».

Une manifestation l’après-midi rassemble des milliers d’étudiants et de lycéens(20 à 30 000) à Denfert-Rochereau ; plus tard, des manifestants décident d’occuper le Quartier latin ; des groupes d’étudiants auxquels se sont joints des jeunes ouvriers dressent de barricades dans la nuit ; Alain Geismar, Jacques Sauvageot, Daniel Cohn-Bendit tentent de négocier les 3 points avec Alain Peyrefitte par l’intermédiaire du recteur Roche jusque vers une heure du matin : DanielCohn-Bendit sort du rectorat et annonce la rupture avec des négociations. L’ordre est donné aux forces de police de supprimer les barricades et disperser les manifestants, les derniers partiront vers 6h du matin.

Bilan : 367 blessés, 460 personnes interpellées…188 voitures sont endommagées dont une soixantaine entièrement brûlées.

Meeting de la FER ; ce mouvement ne participera pas ensuite à la nuit des barricades.

A l’ORTF (Office de radiodiffusion-télévision française), interdiction est faite aux reporters de « couvrir » les évènements qui se
déroulent.

En province : mouvements et arrêts de travail dans les usines Sud-Aviation à Nantes et à Rennes.

 

Samedi 11 mai :

Vue du ciel d'une rue du Quartier latin le 11 mai, au lendemain de la nuit des barricades.

Ordre de grève générale lancée pour le 13 mai, sur proposition de l’UNEF, de la CGT, de la CFDT, de la FEN, du SNESup ; FO(Force Ouvrière) décide de s’y associer également. Des candidats à l’agrégation de lettres classiques refusent de composer.

Occupation du Centre Censier où s’instaure une « Université critique » ; chacun s’y exprime librement.

Création des Comités d’action populaire par le PSU (Parti Socialiste Unifié).

Le mouvement Occident dénonce « le rôle provocateur » d’une poignée d’agitateurs…et exige « la mise hors d’état de nuire des meneurs communistes ».

En province : à Strasbourg, les étudiants proclament l’autonomie de la Faculté. Grèves et manifestations avec occupations pour
certaines Facultés de province.

Dans la soirée, retour d’Afghanistan de Georges Pompidou : à 23h15, allocution radiotélévisée du Premier ministre. Il promet la réouverture de la Faculté de la Sorbonne pour le lundi 13 et la libération prochaine des étudiants condamnés.


Dimanche 12 mai :

Préparation de la journée du 13 mai : l’UNEF, l’UGE, le SNESup, la CGT, la CFDT, FO et la FEN rappellent le mot d’ordre de grève
générale et la manifestation de l’après-midi du lendemain ; « Contre la répression policière, pour l’amnistie des manifestants condamnés, contre la politique scolaire et économique du gouvernement.

L’intersyndicale des journalistes décide une grève le 13 mai «  pour manifester sa solidarité avec les étudiants et les centrales syndicales ».

Dans la soirée, Georges Pompidou fait quelques confessions : libérations des étudiants arrêtés le 10 mai ; le Quartier latin sera évacué par la police.

La jeunesse veut dénoncer la répression policière face à ce mouvement :

Lorsque la police intervient pour la première fois à la Sorbonne le 3 mai, elle agit avec beaucoup de brutalité. En effet, elle fait 100 blessés et 600 arrestations mais ce n’est qu’un début. La stratégie gauchiste : provocation-répression-solidarité naît alors, elle comprend à l’époque : trotskistes, maoïstes et anarchistes.

L’affiche « CRS = SS » traduit la dureté des interventions de CRS. En effet, d’après des témoignages authentiques de mai 68, on apprend par exemple que dans la nuit du 24 au 25 mai, des personnes ont été interpellées dans la rue et menées au commissariat pour vérification d’identité. Là-bas, elles y étaient frappées à coup de poing, de pied et de matraque et injuriées par des CRS, les gradés de la police, n’intervenant pas. Le professeur témoignant de cet événement, insistait sur le fait que tous étaient entrés indemne au commissariat. Ce sont bon nombre d’autres événements comme celui ci qui ont entraîné chez les jeunes un dégoût et un rejet de la police en générale.

De plus, l’affiche « Nous sommes tous des juifs et des allemands » jugée trop violente, a été censurée par l’Assemblée générale et remplacée par l’intitulé « Nous sommes tous indésirables ». Ceci a été la cause de manifestations pour protester contre la censure.



Lundi 13 mai :

13 mai 1968 : rejoints par les ouvriers, les étudiants organisent une immense manifestation. Près d'un million de personnes défilent
dans Paris, le mouvement devient national

Grève générale : défilé de la République à Denfert-Rochereau (environ 1 000 000 de manifestants) ; vers 20h de nombreux étudiants remontent vers le Quartier latin pour occuper la Sorbonne. Autour des membres du mouvement Occident, un millier de jeunes descendent les Champs - Elysées  aux cris de « la France aux Français », « Fusillez Cohn-Bendit ».

En province : la plupart des manifestations rassemblent étudiants et ouvriers.

 

Mardi 14 mai :

Départ du Général de Gaulle pour un voyage officiel en Roumanie ; il sera absent du 14 au 18 mai.

A Nanterre : une Assemblée constituante déclare, à l’initiative de plusieurs professeurs, la Faculté de Nanterre « libre et autonome ».

A la Sorbonne : élection quotidienne d’un Comité d’occupation. La contestation s’étend dans les Universités et dans un très grand nombre d’institution de recherche, d’étude, etc.

Des Comités d’actions se multiplient dans les Facultés, les quartiers, certaines entreprises.

Plusieurs lycées sont fermés, certains sont occupés.

En province : la grève continue ; à Strasbourg, Alain Peyrefitte admet que l’Université « explore les possibilités de son autonomie ».

A l’Assemblé nationale une motion de censure est déposée en commun par le groupe communiste et le groupe FGDS (Fédération de la gauche démocrate et socialiste).

 

Mercredi 15 mai :

Le problème des examens est débattu partout à Paris et en Province, L’UNEF s’oppose a leur tenue. Les élèves de l’école des Beaux- Arts prennent possession de tous les locaux et produisent des affiches.

 

2500 étudiants occupent le théâtre de l’Odéon et le transforment en forum permanant.